vendredi 17 octobre 2008

CASTING

Ca fait tout drôle quand arrive ce moment ou l’age vous fait comprendre ce qu’on perd à chaque minute du film de sa vie qui passe. Ce moment où l’on voudrait suspendre le temps, profiter d’un entracte pour se dire qu’on est plus dupe du tout de cette frénésie d’avancer dans l’histoire. Cet instant précis où l’on s’aperçoit qu’on s’est construit une œuvre pleine de courants d’air, qu’on s’est gouré dans les story-boards, metteur en scène de foire qu’on est. Alors on se dit qu’il est vainc désormais de continuer à faire semblant comme ça, qu’on gâche de la pellicule, qu’on pourrait leur dire aux spectateurs qu’on à plus rien à raconter d’autre que nos peines et nos désillusions. Qu’on y tient plus vraiment à nos souvenirs, qu’on en est plus très fiers, que la deuxième partie du film n’ira nulle part, qu’on veut bien tout perdre et tout reprendre à zéro. Le public il aime bien ça qu’on lui raconte des misères, une télévision et des figurants malheureux, il s’en gargarise, ça le réconcilie avec ses petits bonheurs quotidiens. Faut que quelqu’un se dévoue, s’en mette partout des larmes face à la caméra, quelqu’un qui cafouille dans sa fièvre et ses sottises, qui laisse la nuit lui dévorer la tête et les yeux, qui projette sa face répugnante contre les murs de la raison, qui produit de la viande triste et des images pour les dimanches pluvieux. C’est de ça dont on rempli la gamelle de l’audimat pour que viennent laper les annonceurs. Seulement voilà, on veut pas, on veut y croire encore, et même si on sait plus ou les cacher nos peines pour qu’elles se voient le moins possible à l’écran, on continue à les organiser nos scènes insipides, nos soirées entre amis ou rien ne se dit, nos soirées toiles qu’on oublie, nos carrières professionnelles sans finalités, pourvu qu’on s’en remplisse bien la caboche d’un fourre-tout inutile qui comble les vides, un bric à brac mi-haine mi-bienveillance qui change de cadrage au grès des tendances, écœurant d’imprécision dans l’objectif qui ne sait plus faire le point. On a plus la force d’autre chose, le chemin trop dur, la boussole trop folle, l’équipe technique trop butée et le casting trop faible. On va courir comme ça les yeux fermés jusqu’au bout, jusqu'à ce qu’on entende « coupez ! » et qu’on disparaisse dans le générique une bonne fois pour toute…

FISHTURN 23 10 2006

2 COMmentaires:

Anonyme a dit…

Caillou a dit…

je l'avais pas lu celui-là, il est bien pourtant, enfin si t'as la frite, parce que sinon, c'est sûr, va pas trop te faire poiler. ( on dit encore "avoir la frite ? tout à coup j'ai un doute...

jeudi 27 septembre 2007 17 h 28

Caillou a dit…

Pour que le monde conserve son apparence, il ne faut pas toucher au temps, le laisser filer, le regarder passer, mais ne pas le retourner contre soi... je pense à toi, tous les jours.